Jolie Ténèbres


Émission / Critique du 31 octobre 2011

Jolie Ténèbres

Dessin Kerascoët, Scénario Vehlmann et Pommepuy, Dupuis mars 2009

 

Il était une fois la vie qui s’enfuit, quitte la carcasse qui gît dans le pré de ce doux printemps. Au début tout se montre beau et tranquille, paisible comme un léger zéphyr qui frémit et caresse le corps rigide. Ils échangent un baiser, presque une promesse entre un gentil prince et une jolie âme de princesse. Aurore comme cette lueur scintillante annonçant le matin clair et éclaboussé de soleil, s’avère une jeune fille tendre et généreuse. Elle s’agite, rend service, guide cette communauté bizarroïde aux allures de poupées fragiles. Dans le pré une forme sombre décline le temps qui passe. Chacun s’anime pour trouver sa place, aventurière refusant de vivre en communauté, préférant la quête et les grands espaces. Triplées, orgueilleuse voleuse de l’amour et du cœur d’un prince, jolie fillette au visage de monstre, tous parodient la vie qui continue comme si la forme pouvait demeurer insensible au temps.

Ce récit se révèle comme un joli conte, plus proche de l’univers de Lynch, sombre et en décalage que d’Alice au pays des merveilles. Il nous narre, à sa façon, le temps qui passe et hélas ne peut être ralenti. Métaphore sur la mort et son pendant, la vie, il ressemble à ces journées d’été quand l’orage gronde au loin. Soleil chaud et fringant, puis peu à peu tout se transforme, la mort exécute sa danse, transforme le corps et l’ambiance de cette communauté de Tom Pouce. Le tout se dévoile entre beauté et ténèbres, nous ne pouvons hélas stopper le temps.

Ils s’amusent  à défaire la trame des contes de notre enfance, celui que nos grand-mères empruntaient à Andersen ou aux frères Grimm pour les recomposer comme nos auteurs. Conte et Ankou des cimetières composent cette symphonie où la nature exécute son œuvre immuable.

Le dessin aux tonalités bleues comme l’azur rassurant, puis vertes comme le champ où sommeillent mille vermisseaux et souriceaux, devient marron comme la terre qui avale le corps anonyme et noir comme les ténèbres infinies. Il clame un chant parfois de facture naïve, aux allures des illustrations d’Alice au pays des merveilles pour la forme, et plus ardu de la réalité qui nous suit forcément comme la mort que nous fuyons nous rattrape.

Dans la jolie réalité, un groupe d’auteurs, Marie Pommepuy et Sébastien Cosset, réunis sous le pseudonyme de Kerascoët pour le dessin, et Fabien Vehlmann pour le scénario. Kerascoët, c’est bien sûr aussi « Miss pas touche », et Vehlmann, « Le Marquis d’Anaon, « Sept psychopathes » ou le Spirou des « Géants pétrifiés ». C’est une belle brochette jouant avec nos souvenirs d’enfance, nos vieux contes et nos peurs envahissantes, gargouilles aux faciès horribles accrochées au tympan des âmes de nos églises intérieures, pour de si « Jolies ténèbres ».

Patrick Van Langhenhoven




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