Soucoupes


Émission / Critique du 18 mai 2015

Soucoupes

Série : 1000 Feuilles

Titre : Soucoupes

Scénariste : Arnaud Le Gouëfflec

Dessinateur : Obion

Couleur : Obion

Edition : Glénat

Date de sortie : 01/04/2015

 

Christian, disquaire dans une petite ville imaginaire sur terre dans les années cinquante, voit d’un mauvais œil l’arrivée des soucoupes volantes et de leurs petits hommes verts. Pour commencer, les extra-terrestres se baladent en scaphandres loin de l’imagerie populaire, ce qui énerve fortement notre ronchon. Christian ne semble plus croire en rien, il végète dans sa vie, vieux spleen de Baudelaire ou Blues accro à la dépression ! Il erre dans un festival d’habitudes, entre sa mère clouée sur son fauteuil, sa femme clouée au lit attendant des gestes d’amour et sa maitresse clouée chez elle. Il représente le type de pessimiste ne voyant la vie qu’en noir, même la musique  l’éveille à aucun sourire. L’arrivée d’une créature de l’espace à qui il refile un disque de Coltrane, Ascension, même pas de la musique, du bruit, et Curieusement au contact de l’autre tout change. Peu à peu, par petites touches, comme le renard du Petit Prince, il se retrouve apprivoisé. De confidences en confidence ces deux étrangers deviennent les meilleurs amis du monde. Christian lui révèlera son grand amour et son hôte lui ouvrira les portes de la perception et d’un avenir ou la vie est une découverte de chaque jour.

Dans le style des cartoons de notre enfance, les auteurs nous entraînent sur les terres de la dépression quand tout devient noir et sans espoir de lendemain souriant. Quand les décisions deviennent pesantes et finissent par nous anéantir et faire voler en éclats notre vie. Christian, en partageant avec cet étranger, apprend à redécouvrir notre monde et  à s’ouvrir à travers la culture à la vie. Un tableau devient vivant par la force d’une machine ou la magie de notre inconscient… À la découverte de notre société, l’étranger force notre pessimiste bloqué dans sa vie à avancer. En regardant le monde autrement, il en savoure toute la quintessence et l’originalité. Il ne lui restera plus qu’à partir vers ailleurs, en des terres étrangères, celle de l’espace dans cette métaphore de l’ouverture à l’autre. Soucoupes devient une variation poétique, humoristique où le rire et la culture soignent le mal de notre siècle. C’est bien notre capacité à nous renfermer comme notre héros ou chercher d’autre imaginaire dans la drogue comme sa sœur. Soucoupes nous parle de ces prisons que nous tissons dans notre vie et qui finissent par nous détruire.  Les idées reçues sur l’autre, les images, tout s’écroule quand nous prenons la peine d’avancer d’un pas puis de deux et de nous apprivoiser. Comme le dit Saint Exupéry dans le Petit Prince, « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. ” Soucoupes est une métaphore sur la dépression, mais aussi sur l’étranger. Nous pensons à Camus, à Saint Exupéry et à tous ses auteurs brisant les barrières de la différence pour nous dévoiler la richesse du partage du regard sur l’autre.

Patrick Van Langhenhoven




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