Le roi des singes


Émission / Critique du 18 mai 2015

Le roi des singes

Série : John Arthur Livingstone Titre : Le roi des singes
Scénariste : Philippe Bonifay
Dessinateur : Fabrice Meddour
Couleur : Stéphane Paitreau
Edition : Vent d’Ouest Date de sortie : 18 mars 2015

« Le Lord contient son masque de ses deux mains, mais la bête laisse échapper ses premiers rugissements… »

John Arthur apparaît alors que Darwin vient de mourir et que sa théorie enflamme les esprits de la bonne société londonienne. Entre la bête et l’homme, il est peut-être le fameux chaînon manquant que la mère de Livingstone, perdue dans les brumes africaines, voudrait bien inscrire dans sa lignée. Nous en apprenons donc un peu plus sur l’homme singe, peu à peu ses origines se dévoilent. Pendant ce temps la mort continue de rôder dans les ruelles sombres où les jeunes femmes vendent leurs corps pour quelques shillings. Jack serait-il de retour ou une autre abomination venue du fond des âges, peut-être entre la bête et l’homme ? L’inspecteur chargé de l’enquête reste convaincu de son innocence, mais ne doute pas un instant que son instinct l’aide à dévoiler le meurtrier. Peu à peu l’étau se resserre comme les vêtements et la société autour de John Arthur. À la fin la vérité se découvre nue comme Adam au premier jour ou le singe blanc nu courant dans la jungle profonde retrouvant enfin sa vraie nature.

« Je suis la flamme d’un brasier gigantesque, fort et puissant, vive. Je suis les sept mers et tous les grands vents. Je suis tremblements de terre et la dérive des icebergs. Je suis la vie brute et inaccessible aux humains endormis. Je suis animal. Je suis sauvage, violent, indomptable. Je suis… » Jean Arthur Livingstone.
Une fois de plus Bonifay explore notre part animale et la frontière entre elle et notre humanité. C’était déjà l’un des thèmes de ZOO et que l’on retrouve dans son œuvre y compris ses adaptations comme La compagnie des glaces. Nous passerons sur la découverte de l’assassin et ses raisons, plus un artifice pour s’interroger sur la bestialité humaine et celle du lord. Bonifay pousse plus loin les questions liées au mythe de Tarzan et à l’évolution humaine. La cruauté dont fait preuve l’assassin, la monstruosité de ses crimes nous ramènent à ce que l’homme parfois devient pire que l’animal. Quand la survie du dernier dicte la chasse et le besoin de survivre, le premier se contente du plaisir de se nourrir de la souffrance. Avec l’intelligence l’homme gagnerait aussi une nouvelle notion dans la cruauté, celle du plaisir, de la peur !

Ce qui nous différencie de l’animal nous transforme parfois en un démon. .. d’un autre côté, nous sommes capables de compassion, d’amour immense. C’est cette thématique que développent à plusieurs niveaux les personnages de ce diptyque. Entre la vieille femme, le flic humaniste, la société, déroule ses faces de passants anonymes effrayés, le tueur sanguinaire et la figure du chasseur. Même l’amour prend des visages différents en rejoignant la thématique centrale. C’est l’une des questions parcourant l’histoire de l’humanité et de notre place au sein de l’univers. Ce que nous nommons notre part animale n’est en réalité qu’une face de la complexité humaine. Fabrice Meddour propose un dessin travaillé, tiraillé, creusant les rides des visages rappelant les peintres de l’époque victorienne. Les corps s’élancent, découvrent leurs nudités et les décors jouent de quelques touches précises pour simuler le détail. Nous signalerons le jeu des regards et des visages, le travail sur les animaux précis et important comme dans Zoo avec Frank Pé. Stéphane Paitreau soigne les couleurs, il ne contente pas d’aplat, mais tente de rejoindre l’aspect de tableau général.

Patrick Van Langhenhoven




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